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Le ratio de solvabilité : calcul et lecture

La solvabilité dit quelle part de ce que possède une entreprise est financée par ses propres moyens. C'est le premier ratio à regarder : il mesure sa capacité à encaisser un coup dur sans dépendre de ses créanciers.

4 min de lectureFaits vérifiés le 11 octobre 2026

À retenir

  • Pour la Banque nationale, solvabilité = capitaux propres (10/15) ÷ total du passif (10/49), exprimée en pourcentage (ratio n° 19).
  • Dans ses propres marchés publics, la BNB exige d'un soumissionnaire une solvabilité supérieure à 20 % et des capitaux propres positifs.
  • La version prudente retire les immobilisations incorporelles (21) ; le CSA, pour la sonnette d'alarme, retire aussi les frais d'établissement et les frais de R&D non amortis.
  • La nature des dettes compte autant que leur poids : dettes fournisseurs renouvelées par l'exploitation, emprunts à long terme garantis, dettes financières à court terme.

Calcul sur un bilan d'exemple

10/15Capitaux propres412 380€
21Immobilisations incorporelles0€
10/49Total du passif1 114 520€
ratioSolvabilité37 %Au-dessus du seuil BNB de 20 %

La définition officielle

La Centrale des bilans de la Banque nationale calcule un ratio de solvabilité unique, le n° 19 de sa liste, sans condition de calcul :

Solvabilité = capitaux propres (10/15) ÷ total du passif (10/49) × 100

Le total du passif étant égal au total de l'actif (20/58), on lit souvent la formule sous la forme « capitaux propres sur total du bilan ». L'étude de l'IRE appelle le même ratio degré d'autonomie financière : « lorsque ce ratio augmente, le financement de l'entreprise se trouve globalement moins tributaire des capitaux empruntés ».

Les deux montants se lisent directement au bilan, dans tous les modèles (complet, abrégé et micro). Le résultat s'exprime en pourcentage.

La version prudente

Les analystes retirent souvent du numérateur les actifs dont la valeur est la plus incertaine en cas de difficulté. FinScan applique cette version :

Solvabilité prudente = (10/15 − 21) ÷ 20/58

où 21 désigne les immobilisations incorporelles : logiciels développés en interne, brevets, fonds de commerce, frais de développement activés. Un goodwill de 300 000 € dans une société qui affiche 350 000 € de capitaux propres change complètement la lecture.

Le droit des sociétés raisonne de la même manière. Pour la procédure de sonnette d'alarme, la Commission des normes comptables rappelle que l'actif net se calcule comme le total de l'actif diminué des provisions, des dettes et, sauf cas exceptionnel à justifier dans l'annexe, des frais d'établissement et des frais de recherche et de développement non encore amortis (avis CNC 2021/14).

Ce qu'elle mesure

Le bilan d'une entreprise est financé de deux façons : par ses capitaux propres, qui n'ont pas à être remboursés, et par des dettes, qui doivent l'être. La solvabilité est la part du premier.

Une entreprise solvable peut absorber des pertes, négocier avec sa banque, traverser une mauvaise année. Une entreprise peu solvable dépend de la patience de ses créanciers : un fournisseur qui exige d'être payé, une banque qui refuse de prolonger un crédit, et la situation se tend.

Les repères

Il n'existe pas de norme légale, mais deux repères documentés :

  • Le seuil de la Banque nationale. Quand la BNB vérifie la capacité économique et financière des entreprises qui répondent à ses marchés publics, elle exige trois choses : une solvabilité supérieure à 20 % calculée par (10/15) ÷ (10/49), une liquidité au sens large supérieure à 1, et des capitaux propres positifs.
  • La moyenne belge. L'étude de l'IRE sur l'analyse par la méthode des ratios indique qu'en moyenne, pour les entreprises en Belgique, le degré d'autonomie financière « atteint quelque 30 % ». L'étude n'est pas récente : la valeur donne un ordre de grandeur, pas une norme.

FinScan, de son côté, colore la solvabilité en rouge sous 10 % et en orange sous 30 % sur chaque fiche. Ce sont ses propres seuils de vigilance, pas une règle comptable.

Le secteur compte beaucoup. Une société immobilière ou industrielle porte des actifs lourds souvent financés par emprunt ; une société de conseil a peu d'actifs et peu de dettes. C'est pourquoi la Centrale des bilans publie ses statistiques de ratios par secteur et en quartiles : le premier réflexe est de situer la société entre le premier quartile, la médiane et le troisième quartile de son activité.

La nature des dettes

L'étude de l'IRE insiste : « autant que la proportion globale du bilan financée par des fonds de tiers, c'est la nature même de ceux-ci qui conditionne la solvabilité ». Trois familles se lisent au passif et dans l'annexe :

  • Les dettes nées de l'exploitation (fournisseurs, acomptes reçus) sont les plus bénignes : elles se renouvellent au rythme de l'activité et prennent une sorte de caractère permanent.
  • Les emprunts à plus d'un an (rubrique 17) offrent un financement stable, mais avec des échéances contraignantes ; ils sont le plus souvent garantis par des sûretés, détaillées dans l'annexe (ventilation des dettes à plus d'un an selon leur durée résiduelle, montants garantis).
  • Les dettes financières à un an au plus sont les plus exigeantes : elles doivent être renouvelées ou remboursées dans l'année.

Deux autres postes complètent le diagnostic de solvabilité selon l'IRE : les droits et engagements hors bilan (garanties données, litiges) et les dettes échues envers le fisc et l'ONSS, mentionnées dans l'annexe du modèle complet.

Solvabilité et capacité de remboursement

Une solvabilité correcte ne dit pas si la société peut rembourser. Pour cela, l'IRE rapporte le cash-flow de l'exercice aux fonds de tiers :

Couverture des fonds de tiers par le cash-flow = cash-flow ÷ (16 + 17 + 42/48 + 492/3)

et, de manière plus ciblée, aux seuls fonds de tiers à long terme (16 + 17). Le guide sur la capacité d'autofinancement détaille le calcul du cash-flow selon la BNB.

Lire l'évolution

Un ratio isolé dit peu. Le dépôt contient toujours l'exercice précédent : comparez.

  • Une solvabilité qui baisse alors que la société est bénéficiaire peut signaler des dividendes importants, un rachat d'actions ou un endettement nouveau pour investir.
  • Une solvabilité qui baisse avec des pertes signale que les capitaux propres s'érodent. Si elle approche de zéro, le guide sur les capitaux propres négatifs décrit ce que la loi impose alors aux dirigeants.
  • Une solvabilité qui monte sans bénéfice vient souvent d'une augmentation de capital ou d'un abandon de créance d'associé : utile, mais à distinguer d'une amélioration de l'activité.

Les pièges

  • Une augmentation de capital récente améliore le ratio sans rien dire de la rentabilité.
  • Les comptes courants d'associés sont des dettes au bilan, même quand ils sont aussi stables que des fonds propres. Seule l'annexe dit s'ils sont subordonnés.
  • Les plus-values de réévaluation (rubrique 12) gonflent les capitaux propres sans apport d'argent.
  • Un bilan tout juste clôturé peut être embelli par une opération ponctuelle de fin d'année.

Questions fréquentes

Quel est un bon ratio de solvabilité ?

Il n'y a pas de seuil légal. Un repère officiel existe : la Banque nationale, quand elle vérifie la capacité financière de ses propres fournisseurs, exige une solvabilité supérieure à 20 %. L'étude de l'IRE sur l'analyse par ratios situait la moyenne des entreprises belges autour de 30 %. Le bon réflexe reste de comparer la société aux quartiles de son secteur publiés par la Centrale des bilans.

Pourquoi retirer les immobilisations incorporelles ?

Un logiciel développé en interne, un goodwill ou des frais activés ont une valeur difficile à réaliser en cas de difficulté. Les retirer donne une solvabilité plus prudente. La loi va dans le même sens : pour la sonnette d'alarme, l'actif net se calcule hors frais d'établissement et frais de recherche et développement non amortis.

Une solvabilité très élevée est-elle toujours bonne ?

Elle est rassurante pour un créancier. Pour un actionnaire, elle peut signaler que la société n'utilise pas l'effet de levier de l'endettement. Elle se lit avec la rentabilité des capitaux propres.

Les comptes courants d'associés comptent-ils comme des capitaux propres ?

Non. Au bilan, un prêt d'associé est une dette (rubrique 17 ou 42/48 selon son échéance). Il pèse donc sur le ratio, alors qu'il est parfois aussi stable qu'un apport. L'annexe peut préciser s'il est subordonné.

Sources

Pour aller plus loin

Lire le bilan d'une entreprise réelle

Entrez son nom ou son numéro BCE : FinScan applique ces calculs au dernier dépôt à la Banque nationale.

Tapez un nom ou un numéro BCE : toutes les sociétés belges sont proposées.

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