Les ratios de liquidité : payer ses dettes à court terme
Une entreprise rentable peut faire faillite faute de liquidités. Les ratios de liquidité disent si ce qu'elle peut encaisser rapidement couvre ce qu'elle doit payer dans l'année.
4 min de lectureFaits vérifiés le 11 octobre 2026
À retenir
- Liquidité au sens large (BNB n° 13) = (3 + 40/41 + 50/53 + 54/58 + 490/1) ÷ (42/48 + 492/3).
- Liquidité au sens strict (BNB n° 14) = (40/41 + 50/53 + 54/58) ÷ 42/48 : sans les stocks.
- Un ratio au sens large supérieur à 1 équivaut à un fonds de roulement net positif ; c'est le seuil que la BNB exige de ses fournisseurs.
- Les délais de crédit clients et fournisseurs (BNB n° 17 et 18) expliquent souvent une liquidité qui se dégrade.
Trois lectures du même bilan
| 29/58 | Actifs circulants | 344 760€ | |
| 42/48 | Dettes à un an au plus | 292 140€ | |
| ratio | Liquidité au sens large | 1,18 | Supérieure à 1 |
| ratio | Trésorerie ÷ dettes à un an | 0,17 | Peu de cash en caisse |
Ce que mesure la liquidité
L'étude de l'IRE sur l'analyse par ratios en donne la définition la plus claire : la liquidité est « le potentiel de l'entreprise à mobiliser, dans les délais requis, des moyens de trésorerie lui permettant de faire face à ses engagements à court terme » : dettes à un an au plus envers les banques, les fournisseurs, l'ONSS, le fisc, le personnel, et les annuités exigibles des emprunts à long terme.
Deux ratios officiels de la Banque nationale la mesurent, du plus large au plus strict.
La liquidité au sens large
C'est le ratio n° 13 de la Centrale des bilans, calculé pour tous les modèles de comptes, sans condition :
Liquidité au sens large = (3 + 40/41 + 50/53 + 54/58 + 490/1) ÷ (42/48 + 492/3)
Au numérateur, tout ce qui peut devenir de l'argent dans l'année : les stocks et commandes en cours (3), les créances à un an au plus (40/41), les placements de trésorerie (50/53), les valeurs disponibles (54/58) et les comptes de régularisation de l'actif (490/1). Au dénominateur, tout ce qu'il faut payer dans l'année : les dettes à un an au plus (42/48) et les comptes de régularisation du passif (492/3).
L'IRE note que ce ratio « est basé sur la définition du fonds de roulement net par le bas du bilan » : lorsque le fonds de roulement net est positif, le ratio est supérieur à 1, et son évolution reflète la même information. Le guide sur le fonds de roulement développe ce lien.
La liquidité au sens strict
C'est le ratio n° 14, lui aussi calculé pour tous les modèles :
Liquidité au sens strict = (40/41 + 50/53 + 54/58) ÷ 42/48
Les stocks et les comptes de régularisation disparaissent : il faut d'abord vendre un stock, et parfois longtemps, avant d'en tirer de l'argent. Ce ratio compte surtout pour les sociétés qui stockent beaucoup ; pour une société de services, il rejoint le ratio au sens large.
Le repère de 1, et la lecture par le secteur
Le seuil de 1 a une signification mécanique : au-dessus, les actifs circulants couvrent les dettes à un an au plus. C'est ce seuil que la Banque nationale retient lorsqu'elle vérifie la capacité financière des entreprises qui répondent à ses marchés publics : une liquidité au sens large supérieure à 1, à côté d'une solvabilité supérieure à 20 % et de capitaux propres positifs.
Au-delà de ce seuil, la bonne valeur dépend du métier. L'étude de l'IRE illustre la lecture correcte : elle place le ratio d'une entreprise pharmaceutique face aux trois quartiles de son secteur publiés par la Centrale des bilans (dans son exemple, une liquidité au sens strict de 0,70 se situait au niveau de la médiane du secteur, elle-même à 0,7). Une valeur inférieure à 1 n'est donc pas forcément anormale : tout dépend de la façon dont le secteur se finance.
Ce qui fait bouger la liquidité : les délais
Les ratios au sens large et au sens strict « n'expliquent qu'imparfaitement l'évolution de la liquidité », écrit l'IRE : il faut regarder les composantes du besoin en fonds de roulement, c'est-à-dire la vitesse à laquelle les stocks tournent, les clients paient et les fournisseurs sont payés. La Banque nationale publie trois ratios pour cela, dans le modèle complet, et deux d'entre eux dans les modèles abrégé et micro quand le chiffre d'affaires est renseigné :
| Ratio BNB | Formule (modèle complet) | Lecture |
|---|---|---|
| Nombre de jours de crédit clients (n° 17) | (40 + 9150) ÷ (70 + 74 − 740 + 9146) × 365 | Délai moyen d'encaissement |
| Nombre de jours de crédit fournisseurs (n° 18) | 44 ÷ (600/8 + 61 + 9145) × 365 | Délai moyen de paiement |
| Rotation des stocks d'approvisionnements et marchandises (n° 15) | 60 ÷ (30/31 + 34 + 35 + 36) | Nombre de renouvellements par an |
Un délai clients qui s'allonge d'un exercice à l'autre, ou un délai fournisseurs qui s'étire au-delà des usages, se voit avant la dégradation de la trésorerie elle-même.
Les mois de trésorerie
FinScan ajoute une lecture plus concrète, qui n'est pas un ratio BNB : combien de mois la trésorerie (50/53 + 54/58) couvre les charges.
- Si le chiffre d'affaires est publié : trésorerie ÷ charges mensuelles, les charges étant estimées par le chiffre d'affaires moins le résultat et les amortissements, divisé par douze.
- Si l'exercice est en perte : trésorerie ÷ perte mensuelle hors amortissements, c'est-à-dire combien de temps l'entreprise peut continuer au même rythme sans nouvelle ressource.
Sous trois mois, FinScan signale une vigilance critique : la société est exposée au moindre retard d'encaissement. Ce seuil est un choix de FinScan, pas une norme.
FinScan affiche aussi la trésorerie rapportée aux dettes à un an au plus (50/53 + 54/58) ÷ 42/48. Ce « ratio de liquidité immédiate » n'est pas calculé par la BNB ; il complète le ratio au sens strict quand les créances sont douteuses.
Ce qu'un bilan ne montre pas
La liquidité est une photographie au jour de la clôture. Trois choses lui échappent :
- une ligne de crédit non utilisée, qui donne une marge invisible au bilan ;
- une forte saisonnalité : un commerce de jouets au 31 décembre n'a ni la trésorerie ni les stocks d'un 30 juin ;
- la qualité des créances : une créance de 40/41 sur un client en difficulté vaut moins que son montant. L'annexe du modèle complet détaille les réductions de valeur actées.
C'est pourquoi la liquidité se lit avec la capacité d'autofinancement, qui dit si l'activité reconstitue la caisse, et avec les délais de paiement.
Questions fréquentes
Quelle différence entre liquidité et solvabilité ?
La solvabilité regarde le long terme : la part du financement propre dans le bilan. La liquidité regarde les prochains mois : peut-on payer ce qui arrive à échéance. L'IRE définit la liquidité comme « le potentiel de l'entreprise à mobiliser, dans les délais requis, des moyens de trésorerie lui permettant de faire face à ses engagements à court terme ».
Un ratio de liquidité au sens large sous 1 est-il grave ?
Il signifie que les dettes à un an au plus dépassent les actifs circulants, donc que le fonds de roulement net est négatif. Dans certains secteurs où les clients paient comptant et les fournisseurs à terme, c'est structurel. Ailleurs, c'est un signal à croiser avec la trésorerie, les délais de paiement et la rentabilité, et surtout avec les quartiles du secteur.
Pourquoi deux ratios, large et strict ?
Le ratio au sens strict retire les stocks et les commandes en cours, qu'il faut d'abord vendre pour en faire de l'argent. L'IRE précise que ce ratio est préféré « notamment pour les entreprises caractérisées par une rotation des stocks élevée » : pour une société de services sans stock, les deux ratios se confondent.
Sources
Pour aller plus loin
- Fonds de roulement et besoin en fonds de roulementFonds de roulement net, besoin en fonds de roulement net et trésorerie nette : les définitions de l'IRE avec les codes du bilan, la relation qui explique la trésorerie, et les délais clients et fournisseurs de la BNB.
- Le ratio de solvabilité : calcul et lectureLa solvabilité au sens de la Banque nationale (10/15 ÷ 10/49), la version prudente qui retire les immobilisations incorporelles, les seuils utilisés par la BNB elle-même, la notion d'actif net du CSA et la lecture par le secteur.
- La capacité d'autofinancement et le cash-flowLe cash-flow tel que la Banque nationale le calcule à partir des comptes annuels belges (modèles complet, abrégé et micro), la version simplifiée, et la couverture des dettes par le cash-flow selon l'IRE.
Lire le bilan d'une entreprise réelle
Entrez son nom ou son numéro BCE : FinScan applique ces calculs au dernier dépôt à la Banque nationale.
Tapez un nom ou un numéro BCE : toutes les sociétés belges sont proposées.