La rentabilité : ROE, ROA, marges et valeur ajoutée
Une entreprise peut être solide sans être rentable, mais pas longtemps. Les ratios de rentabilité disent ce que rapportent ses capitaux propres, ses actifs et ses ventes, et la valeur ajoutée dit ce qu'elle crée vraiment.
4 min de lectureFaits vérifiés le 11 octobre 2026
À retenir
- Rentabilité nette des capitaux propres après impôts (BNB n° 9) = 9904 ÷ 10/15 × 100, calculée si les capitaux propres sont positifs et l'exercice de douze mois.
- La rentabilité de l'actif total (BNB n° 11 et 12) se mesure avant impôts et charges des dettes, rapportée à 20/58.
- Les marges sur ventes (BNB n° 1 et 2) ne se calculent que si le chiffre d'affaires est renseigné ; dans les schémas abrégé et micro, la valeur ajoutée s'estime par 9900 − 76A.
- Un ROE très élevé avec des capitaux propres minces n'est pas une bonne nouvelle : c'est l'effet de levier.
Rentabilité des fonds propres
| 9904 | Bénéfice de l'exercice | 61 930€ | |
| 10/15 | Capitaux propres | 412 380€ | |
| ROE | Rentabilité nette des capitaux propres | 15 % |
Trois niveaux de rentabilité
L'étude de l'IRE organise la rentabilité en trois questions : que rapportent les ventes (marges), que rapporte l'ensemble des moyens engagés (rentabilité de l'actif), que rapporte l'argent des associés (rentabilité des capitaux propres). L'effet de levier relie les deux dernières.
La rentabilité des capitaux propres
C'est le ratio n° 9 de la Banque nationale, rentabilité nette des capitaux propres après impôts :
ROE = bénéfice (perte) de l'exercice (9904) ÷ capitaux propres (10/15) × 100
Il se calcule dans tous les modèles, à deux conditions posées par la BNB : un exercice de douze mois et des capitaux propres positifs (10/15 > 0). C'est ce que rapporte chaque euro laissé par les associés dans l'entreprise.
Le piège : quand les capitaux propres sont très faibles, un petit bénéfice donne un ROE spectaculaire. Lisez toujours le ROE avec la solvabilité.
La BNB publie à côté le ratio n° 10, cash-flow ÷ capitaux propres, qui neutralise les amortissements et provisions ; l'écart entre les deux dit le poids des charges non décaissées.
La rentabilité de l'actif
Les ratios n° 11 et 12 mesurent ce que rapporte l'ensemble des moyens mis en œuvre, quelle que soit la façon dont ils sont financés. Ils se calculent avant impôts et avant charges des dettes, pour ne pas dépendre du mode de financement ni de la fiscalité :
Rentabilité nette de l'actif total avant impôts et charges des dettes (n° 12) = (9904 + 650 + 653 − 9126 + 9134) ÷ 20/58 × 100
Le numérateur part du résultat de l'exercice et y rajoute les charges des dettes (650), l'escompte sur créances (653) et les impôts sur le résultat (9134), moins les subsides en intérêts (9126). La version brute (n° 11) ajoute en plus les dotations d'amortissements, de réductions de valeur et de provisions, et retire les reprises, comme pour le cash-flow. Dans les modèles abrégé et micro, les charges financières sont prises globalement (65) et les impôts par 67/77.
L'effet de levier
L'IRE consacre une section au levier financier « comme multiplicateur de la rentabilité de l'actif ». L'idée : si les actifs rapportent plus que ne coûtent les dettes, chaque euro emprunté augmente le rendement des capitaux propres ; si les actifs rapportent moins que le coût des dettes, le levier joue à l'envers et la perte se concentre sur les associés. L'étude détaille « la condition pour un levier financier favorable » et le cas du résultat négatif.
Pratiquement : un ROE élevé obtenu avec une solvabilité faible est un ROE fragile. Une hausse des taux ou une baisse de l'activité le fait basculer.
Les marges sur ventes
Les ratios n° 1 et 2 ne se calculent que lorsque le chiffre d'affaires est renseigné : mention obligatoire dans le modèle complet, « 70 > 0 » dans les modèles abrégé et micro.
| Ratio BNB | Numérateur | Dénominateur (modèle complet) |
|---|---|---|
| Marge brute sur ventes (n° 1) | 9901 − 76A + 66A + 630 + 631/4 + 635/8 | 70 + 74 − 740 |
| Marge nette sur ventes (n° 2) | 9901 − 76A + 66A + 9125 | 70 + 74 − 740 |
Deux choix de la BNB méritent d'être compris. Les marges partent du résultat d'exploitation (9901), pas du résultat final : les charges financières et les impôts n'y entrent pas. Et elles sont corrigées des éléments non récurrents (76A retiré, 66A rajouté), pour mesurer l'activité courante.
Les marges varient énormément d'un secteur à l'autre : quelques pour cent dans la distribution, beaucoup plus dans le logiciel ou le conseil. Seule la comparaison sectorielle en quartiles leur donne un sens.
La valeur ajoutée
L'IRE place la valeur ajoutée au sommet du diagnostic : « mesure fondamentale de la capacité à long terme » de l'entreprise. La BNB en fait ses ratios n° 3 à 8.
Valeur ajoutée brute (modèle complet) = 70 + 71 + 72 + 74 − 740 − 60 − 61
Pour les modèles abrégé et micro, la BNB l'estime par 9900 − 76A (marge brute d'exploitation hors produits non récurrents).
Deux ratios en découlent, utiles même sans chiffre d'affaires :
- Valeur ajoutée par personne occupée (n° 4) = valeur ajoutée brute ÷ effectif moyen en ETP (9087, ou 1003 dans le micro) : la productivité apparente, en euros par équivalent temps plein.
- Part des frais de personnel dans la valeur ajoutée (n° 6) = (62 + 635) ÷ valeur ajoutée brute × 100 : quand elle dépasse durablement 100 %, l'entreprise ne crée pas assez de valeur pour payer son personnel.
Lire la tendance
Une rentabilité se lit sur au moins deux exercices, que le dépôt contient toujours :
- en hausse avec des capitaux propres qui augmentent : l'entreprise se renforce ;
- en baisse mais toujours positive : à surveiller, surtout si la trésorerie suit la même pente ;
- une perte isolée après plusieurs années bénéficiaires : regardez si elle vient de l'exploitation (9901) ou d'un élément non récurrent (66A, 66B).
Questions fréquentes
Comment juger la rentabilité sans chiffre d'affaires ?
Le ROE et la rentabilité de l'actif ne demandent pas le chiffre d'affaires. Pour la création de valeur, la BNB estime la valeur ajoutée brute des schémas abrégé et micro par la marge brute d'exploitation hors produits non récurrents (9900 − 76A), et la rapporte à l'effectif en équivalents temps plein (9087 ou 1003).
Qu'est-ce qu'un bon ROE ?
Il se compare au rendement qu'un associé obtiendrait ailleurs avec un risque similaire, et surtout aux quartiles du secteur publiés par la Centrale des bilans. La BNB ne le calcule que si les capitaux propres sont positifs : avec des capitaux propres négatifs, le ratio n'a pas de sens.
Pourquoi retirer les produits non récurrents ?
Une plus-value sur la vente d'un immeuble ou une indemnité d'assurance gonfle le résultat de l'exercice sans rien dire de l'activité courante. Dans ses marges, la BNB part du résultat d'exploitation corrigé des produits (76A) et charges (66A) non récurrents.
Sources
Pour aller plus loin
- La capacité d'autofinancement et le cash-flowLe cash-flow tel que la Banque nationale le calcule à partir des comptes annuels belges (modèles complet, abrégé et micro), la version simplifiée, et la couverture des dettes par le cash-flow selon l'IRE.
- Le ratio de solvabilité : calcul et lectureLa solvabilité au sens de la Banque nationale (10/15 ÷ 10/49), la version prudente qui retire les immobilisations incorporelles, les seuils utilisés par la BNB elle-même, la notion d'actif net du CSA et la lecture par le secteur.
- Comment lire les comptes annuels d'une société belgeBilan, compte de résultats, annexe : ce que contiennent les comptes annuels déposés à la BNB, qui doit les déposer, les trois modèles (complet, abrégé, micro) et leurs seuils 2024, et une méthode de lecture en cinq lignes.
Lire le bilan d'une entreprise réelle
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